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Après une succession de gouverneurs qui abusèrent de leur pouvoir, c’est un moine, le père Bernardin, qui, par dévouement, accepta de gouverner l’île. C’est ainsi que les colons purent vendre ou échanger leurs productions aux vaisseaux de passage. Emu par la misère et l’abandon dans lesquels vivaient les habitants de Bourbon, le père Capucin lança un véritable plan de développement. Il réussit même à faire cultiver dans l’île le cotonnier de Surate dont les plants furent importés d’Inde. Six ans après sa prise de fonction, le père Bernardin, qui s’était retiré en France, décide de retourner auprès des colons abandonnés par Versailles. Malade, il meurt pendant la traversée à bord du Saint Jean-Baptiste. De nouveau, les habitants de l’île Bourbon se sont révoltés contre les abus des gouverneurs qui se sont succédé. Sous l’administration de Vauboulon, les confiscations arbitraires et les humiliations se multiplient. En 1860, en pleine messe à Saint-Denis, le tyran fut arrêté. Mais, Vauboulon meurt dans son cachot avant qu’un vaisseau ait pu le ramener en France. En mai 1697, la riposte de l’autorité royale s’abat sur les coupables. Des colons sont ainsi condamnés à mort, d’autres aux galères. Deux des ancêtres de Francine Dennemont Peruchon étaient compromis dans l’affaire Vauboulon et furent donc eux aussi condamnés aux galères à perpétuité. Il s’agit du breton, Robert Duhal qui mourra à la Bastille à l’âge de trente-neuf ans et du poitevin Julien Robert dit “Laroche” qui, après avoir été incarcéré à Lorient, fut ensuite envoyé aux galères avant de mourir à Marseille. Il y avait aussi Antoine Royer, né à Châlon-Sur-Saône, chirurgien et capitaine de la ville de Sainte-Suzanne. Selon Francine, “si ce dernier n’avait pas participé directement à l’arrestation du gouverneur Vauboulon, il fut néanmoins mêlé à cette affaire car c’est chez lui que s’étaient réunis les trente-huit juges improvisés. En outre, on le soupçonna d’avoir empoisonné Vauboulon. Mais, il n’y eut jamais de preuve, d’autant plus que Royer était le seul chirurgien compétent dans l’île, et que c’est lui qui fut chargé de l’autopsie de l’ancien gouverneur”. Le premier Dennemont a être arrivé à l’île Bourbon, Hervé, était natif de Brix, dans le diocèse de Coutances (département de la Manche). Un petit village qui se trouve aujourd’hui encore à mi-distance de Cherbourg, de Diélettes, de Valognes et de Saint-Vaast-la-Hougue.
Les travaux de recherches de Francine Dennemont Peruchon permettent aujourd’hui de mieux connaître la lignée des Dennemont. C’est dans le village de Brix que naquit Robert Bruce, seigneur de Brix, compagnon de Guillaume le Conquérant. En effet, ce dernier s’était embarqué en septembre 1066 aux côtés de Guillaume pour la conquête de l’Angleterre. Si celui-ci devint Roi d’Angleterre, Robert Bruce fut, quant à lui, l’ancêtre direct de Robert VIII, Roi d’Ecosse de 1724 à 1729. Dans ce berceau écossais sont également nés les Dennemont, au départ Danemont. Ils faisaient partie des quatre-vingt-trois familles qui avaient passé “aveu” pour terres et maisons qu’elles tenaient du Roi entre 1573 et 1632. Brix était à l’époque une vaste forêt royale où s’était établi, en 1550, une très importante verrerie fondée par la famille de Belleville, originaire de Belleville-sur-Mer (en Seine-Maritime). Les Dennemont étaient ouvriers verriers et tous les parrains et marraines de leurs nouveau-nés étaient des Belleville ou des Bernières, leurs adjoints. Quant à Hervé Danemont, le premier débarqué à la Réunion, il fut baptisé le 17 décembre 1655 à Brix. Il était le troisième des huit enfants qu’eurent Jacques Danemont et Marie le Carpentier. A la mort de sa femme Marie, Jacques avait pris pour seconde épouse Guillemette Dupont, dont il eut une fille. La marraine d’Hervé, Suzanne de Belleville, était mariée à Hervé Simon, sieur du manoir de Claire, où vécut toute la famille Danemont. Vers 1655, Jacques Danemont meurt. A cette époque, la verrerie est un peu sur le déclin, concurrencée par un autre établissement qui, fondé par un ancien ouvrier des Belleville, fut plus tard appelé à devenir une prestigieuse glacerie, Saint-Gobin. C’est cette baisse de l’activité qui poussa de nombreux ouvriers des Belleville à l’exil. L’un des fils de la famille Belleville fut ordonné prêtre et envoyé en mission dans une léproserie à Madagascar. Ce dernier n’y arrivera jamais et son corps, avec celui de deux compagnons, fut jeté à la mer. Ce drame, souvent raconté à la veillée dans les chaumières de Brix, avait sans doute inspiré à Hervé Danemont l’envie de partir dans les îles. C’est ainsi que le 9 juillet 1665, quand Le Taureau, l’un des quatre vaisseaux de la flotte de la Compagnie des Indes, dite aussi “Flotte de Beauce”, touche l’île Bourbon, Hervé n’était pas le seul représentant de sa province à débarquer. Avant de partir, ce dernier avait épousé Léonarde Pillet qu’il avait sans doute connu à Granville, port important, où la jeune fille est née en 1648. Le voyage qui menait vers l’île paradisiaque de Bourbon était long et périlleux. A l’époque, les bateaux étaient non seulement à la merci des tempêtes mais aussi à celle des pirates qui écumaient les mers en quête du moindre butin. Le Taureau commandé par Régnault, sur lequel avaient embarqué Hervé et son épouse Léonarde, avait mis quatre mois pour atteindre l’île Bourbon. Ils ne savaient pas encore ce qui les attendait. Ces premiers habitants avaient découvert une île inhabitée où tout était à faire. Petit à petit la vie s’était organisée sous des paillotes. Le couple Dennemont aura trois enfants, Gilles, Geneviève et Suzanne. A la mort de leur père, vers 1678, Gilles n’avait que dix ans, Geneviève six ans et Suzanne cinq ans. Leur mère Léonarde se remarie avec Jean Brun, dit “Joli Cœur”. Gilles fut alors recueilli par son parrain, Gilles Launay, tandis que ses deux sœurs ont vécu auprès de leur mère et beau-père jusqu’à leur mariage. La première se marie à l’âge de treize ans avec Etienne Hoareau, le fils de René Hoareau, compagnon d’Hervé. Suzanne, elle se marie, en première noce à un Portugais, Bernardo, avec qui elle n’a pas eu d’enfants. Veuve à douze ans, cette dernière se remarie à treize ans à Antoine Bellon fils de Jean Bellon, qui avait voyagé avec ses parents sur Le Taureau.
Au sein d’une population majoritairement masculine, les jeunes filles appartenant à cette première génération de français nés à l’île Bourbon ne pouvaient rester longtemps célibataires, et ce malgré des mariages franco-malgaches et l’arrivée de jeunes filles indo-portugaises. L’âge nuptial des femmes était donc extrêmement précoce. Cette tendance s’est poursuivie jusque vers 1700. D’ailleurs dans ses récits, le père Jean Barassin signalait qu’il y avait une fille de dix ans, six filles de onze ans, huit filles de douze ans, neuf filles de treize ans, et autant de filles de quatorze ans mariées pour la période comprise entre 1685 et 1700. Le curé faisait également remarquer qu’aucune fille ne se mariait après dix-huit ans. Les veuves, elles aussi, se remariaient immédiatement après leur veuvage. Cela dit, à l’époque, ce phénomène n’était pas spécifique à l’île Bourbon. En France aussi, les mariages précoces et consanguins étaient fréquents. Ainsi, lorsque le 12 octobre 1693, Gilles Dennemont, le fils d’Hervé, épousa Marguerite, la fille de son parrain, le jeune homme avait vingt-quatre ans et elle onze. Mais, avant de se marier, Gilles avait obtenu une concession à Saint-Paul, signée le 12 mai 1690. Voici d’ailleurs ce qu’écrit le gouverneur Antoine Boucher au sujet de Gilles, l’ancêtre de Francine Dennemont Peruchon : “Honnête homme qui a d’assez bonne éducation. Très sage, fort laborieux et bon charpentier mais hargneux et peu obéissant. Il prend grand soin de sa famille et élève très bien ses enfants... Il fait d’abondantes récoltes qui le font vivre un des mieux de l’isle. Et outre qu’il a toujours des pensionnaires, il ne se lasse pas de vendre encore considérablement du surplus de son nécessaire. Il possède 60 bœufs, 15 cochons, 200 cabris et 30 moutons. Il est riche en argent comptant qu’il n’est pas chiche d’employer quand il trouve l’occasion. Cela peut aller de 3 à 400 écus. Il est très bien nippé et meublé.” Le 24 avril 1729, Marguerite meurt au cours d’une épidémie de variole, suivie de Gilles le 30 mai suivant. Ils avaient neuf enfants. Trois d’entre eux sont des ancêtres directs de Francine Dennemont Peruchon, dont Gilles, né le premier janvier 1697, qui épousa une demoiselle Louise Nativel, petite-fille de Pierre Nativel, un des douze compagnons du commandant Régnault. De leur union naîtra un fils prénommé Gilles. Il y a eu ensuite Pierre-Louis, né le 8 septembre 1710 à Saint-Paul, décédé à Saint-Louis le 12 décembre 1777. En raison de cette grande épidémie de variole de 1729, Pierre-Louis et sa sœur Marguerite, alors âgée de treize ans, ont été les seuls survivants de leur famille. De ce fait, Pierre-Louis fut l’un des hommes les plus riches de l’île Bourbon. Le 10 mai 1734, il marie sa jeune sœur Marguerite à un noble comptant parmi les habitants les plus fortunés de la petite colonie, à savoir Alexis Michel de Lesquelen. Quant à Pierre-Louis, il épousa pour sa part Radegonde Cadet, née le 14 août 1715 à Saint-Paul. Cette dernière était la fille d’Antoine Cadet, arrivé à Bourbon avec l’escadre de Perse en 1671. Antoine était alors chandelier ; il hérita de son père tanneur et de son frère, docteur à la Sorbonne, qui mourut sans prospérité. On retrouve dans les archives de la mairie de Saint-Leu la présence d’un Gilles Dennemont dit “ La Butte” et qui fut le premier maire de Saint-Leu du 8 août 1790 à juillet 1793. Est-ce le fils de Pierre-Louis ou de fils de Gilles ? La concordance des dates voudrait que ce soit le fils aîné de Pierre-Louis. A cette époque, Saint-Leu érigé en commune après la Révolution française, comptait 323 personnes libres pour 3 809 esclaves.