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Jacques Fontaine fait partie des vingt volontaires déposés le 9 juillet 1665 à Bourbon sous les ordres de Regnault, qui prennent possession de l’île au nom de la Compagnie des Indes. Il ne quittera jamais cette terre ignorée, y vivant “l’exigence humaine” de rêve et de liberté. Plus de trois siècles après, son descendant Jean-Claude Félix Fontaine a éprouvé le besoin d’interroger le passé. Accompagnons-le dans sa quête.
“La Compagnie des Indes Orientales fait avertir tous les artisans et gens de métier Français, qui voudraient aller demeurer dans l’Isle de Madagascar et dans toutes les Indes, qu’elle leur donnera le moyen de gagner leur vie fort honnêtement, et des appointements et salaires raisonnables ; et que s’il y en a qui veuillent y demeurer huit ans, Sa Majesté veut bien leur accorder d’être Maître de chef-d’œuvre dans toutes les villes du Royaume de France où ils voudront s’établir, sans en excepter aucune, et sans payer aucune chose. Ceux qui seront dans cette résolution, se présenteront à la maison de la Compagnie.” Nous sommes à la mi-1664. La Compagnie des Indes créée par Louis XIV et Colbert organise un premier contingent pour Madagascar. Jacques Fontaine doit avoir une vingtaine d’années. Rue Saint-Martin, une des principales artères 3e arrondissement de Paris, quartier insalubre, où il est né et habite, il lit et relit un de ces affichettes collées sur les murs de la capitale. C’est alléchant, non ? Il est menuisier. Sans bouger, il peut peut-être devenir compagnon. Mais après ? L’artisan est déconsidéré, à peine plus expérimenté et considéré qu’un apprenti. Jacques n’a pas un sou vaillant, ne peut financer le “chef-d’œuvre” dont la réalisation en temps et en heure le ferait accepter par les maîtres artisans comme leur pair. Et voilà que la Compagnie lui offre de devenir “maître de chef-d’œuvre” moyennant huit ans de sa vie ! Partir, que peut-il y perdre ? Le maître artisan aspire à vivre noblement, c’est-à-dire amasser une fortune... Son univers est aussi restreint que les rues de son quartier. Jacques est jeune et rêve de liberté. Et la liberté, c’est l’aventure. L’océan Indien est rempli de ces lieux mythiques et chargés de mystères. Le jeune homme n’en sait rien du tout. Partir dans une de ces îles lui fait espérer réaliser son rêve. Il ne doit pas hésiter longtemps et passe l’épreuve de sélection et est inscrit sur le “Livre des engagez”. Puis attend, dans l’oisiveté, d’où de nombreuses défections. Sur 450 jeunes gens sélectionnés, seuls 288 signent leur contrat. Le 7 mars 1665, une flotille de quatre bateaux (la frégate “Saint-Paul”, la galiote l’“Aigle-Blanc” et les flûtes la “Vierge de Bon-Port” et le “Taureau”) quittent Brest. Peu après le départ, Colbert décide de déposer à Bourbon, encore déserte, vingt hommes, sous le commandement d’Étienne Regnault, pour organiser une base de ravitaillement pour ses navires. Parmi les volontaires retenus, un certain Jacques Fontaine...
Les bateaux dépassent les Canaries quinze jours après, atteignent Saint-Louis du Sénégal, Dakar, longent le golfe de Guinée, languissent dans le pot au noir, dévient vers la bosse du Brésil, mais parviennent à s’en éloigner et finissent par doubler le cap de Bonne-Espérance et remontent vers la Grande-Île. L’un d’eux s’y arrête pour déposer le futur président du conseil provisoire de Madagascar, Pierre de Beausse, et Bourbon, où - avant les deux autres - le “Taureau” aborde le 9 juillet. Soit après quatre mois de navigation parsemés d’épreuves (tempête, etc). “Quelle ne fut pas l’émotion de Jacques Fontaine et de ses compagnons en foulant pour la première fois cette terre ignorée où ils allaient bâtir leur nouveau domaine ?”, s’interroge son descendant Jean-Claude Félix Fontaine, quelque trois cent trente-six ans et dix générations en ligne directe après, dans son ouvrage qui part aux sources des Fontaine, dans son récit qui reconstitue l’histoire de cette famille réunionnaise. Bourbon n’est somme toute qu’une étape. Tout est à construire. L’objectif premier des vingt Français est de constituer des réserves pour les navires français de passage. Ils s’installent à “l’Habitation de Saint-Paul”, “lieu fort divertissant”, avec l’aide des Malgaches revenus de la montagne où ils avaient fui contre la promesse de ne pas être punis. Plusieurs auteurs ont narré leur quotidien dans ce paradis terrestre, où les oiseaux sont en si grande quantité qu’on les prend à la main, tout comme les tortues qui pèsent jusqu’à 700 livres, où les rivières sont si fertiles en poissons qu’on les attrape sans avoir besoin de lignes ou de filets, où le gibier est si abondant et pas farouche qu’il entre jusque dans les maisons... La liberté laisse place à des abus, à la paresse. Et la solitude devient pesante dans cet Éden pour ces hommes sans femmes depuis trop longtemps. Jusqu’à ce jour d’avril 1671, où une escadre commandée par l’amiral Blanquet de La Haye, vice-roi des Indes, partie de Fort-Dauphin débarque à Saint-Denis quelques Français et des Malgaches, dont... cinq “négresses”. Parmi elles, Marie-Anne Sanne, qui s’unira à Jacques Fontaine, en août ou septembre de la même année. Il eût été impensable - pour ne pas dire impossible - dans la France du XVIIe siècle qu’un colon partage la vie d’une “négresse de Madagascar”. Celle de Jacques Fontaine semble avoir vu le jour vers 1649 “aux Matatanes”, province du Sud-Est - et “la meilleure, la plus fertile, la plus cultivée et aussi la plus peuplée”, selon “Histoire de la grande île de Madagascar” d’Étienne Flacourt - de la Grande-Île, d’où elle aurait gagné Fort-Dauphin, très jeune, donc avec les siens, au service de Français. C’est proche d’eux qu’elle aurait accepté de venir vivre à Bourbon, pense Jean-Claude Félix Fontaine, qui imagine ainsi son portrait : “Son prénom chrétien nous dit qu’elle a été baptisée. Mais, d’origine antemoro, elle a les coutumes et les savoir-faire des jeunes filles de sa tribu. Habillée d’une étoffe tressée avec des fibres végétales de bananier ou de coton, qui la couvre des seins jusqu’aux genoux, elle va pieds nus. Colliers et bracelets, faits de petits éclats de bois, de coquillages et de cristaux de roche aux vives couleurs entourent son cou, ses bras et ses chevilles. Elle ne sait évidemment pas lire mais, par contre, façonne des poteries, tisse les fibres végétales, tresse des nattes et des corbeilles comme les femmes malgaches de son époque.” Il imagine encore : “Comme les siens, Marie-Anne doit avoir les croyances entretenues par son peuple qu’elle a dû amalgamer aux discours tenus par les Français. Elle doit probablement croire à un Dieu créateur commun à la tradition des siens et aux dires des prêtres. Elle doit croire aussi aux esprits qui hantent l’eau, la forêt, les pierres. Elle doit croire à l’existence d’une âme qui quitte le corps pendant le rêve et d’une façon définitive après la mort. Elle doit pratiquer le culte des ancêtres qu’elle doit vénérer pour éviter leur colère. Elle doit avoir peur des jeteurs de sorts et consulte le devin qui lit son avenir dans une figure compliquée tracée dans le sable blanc.” Que dire encore d’elle ? Que, malgré son apparente négritude, cette “négresse” pourrait avoir une ascendance “exclusivement arabe ou exclusivement africaine (cafre) ou mêlée de ces deux ethnies.” Que, son origine arabe est “fort probable”, d’autant plus que sa descendance ne donnera naissance à “aucun enfant aux caractères négroïdes”...
En mai ou juin 1672 naît le premier enfant de Jacques Fontaine et de Marie-Anne Sanne, Antoine. Le couple demeure en “l’habitation du roy à Saint-Denis”. Depuis quelque temps, le vice-roi règne en maître absolu. Le 5 mai 1672, il convoque les colons à Saint-Denis. Devenus oisifs (la faute au soleil trop ardent, à leur indolence voire leur paresse maintes fois vilipendée, au dénuement dans lequel les tient la Compagnie et à l’avidité coupable des administrateurs et des gouverneurs successifs, dira-t-on), ils s’y rendent non sans crainte. Blanquet de La Haye, qui entend remettre de l’ordre dans la colonie, avec sévérité interdit de traquer le gibier, pour combattre la paresse. Il veut surtout les forcer à travailler davantage les terres. Pour frapper les esprits, il organise même un simulacre d’exécution, en tirant d’un colon surpris en train de chasser. Le malheureux en mourra... de peur. Un complot contre le nouveau gouverneur Jacques de La Hure est éventé. Les interdictions et humiliations minent l’existence de ces colons habitués à la liberté. Aussi le mouvement des “vagabonds dans la montagne” s’amplifie-t-il. Ils se fondent avec les Malgaches. Les Fontaine aussi se réfugient au-delà de la rivière Saint-Gilles. En 1673, naît le deuxième fils Fontaine, prénommé Jacques comme son père. L’année suivante, le vice-roi rentre des Indes et annonce qu’il pardonne aux fuyards, destitue La Hure. Ces derniers, “tout nus”, accompagnent son émissaire à Saint-Paul. De La Haye leur distribue des étoffes des Indes pour se couvrir. Il reprend vite en mains la colonie, nomme un nouveau commandant, Henri Hesse d’Orgeret, plus souple que son prédécesseur. Mais soucieux de rétablir l’ordre, le vice-roi publie une sorte de code pénal, qui interdit toujours la chasse (les chiens aussi). les dispositions de cette “Grande Ordonnance” sont strictes et renferment d’innombrables interdictions. Il leur est même défendu d’épouser des “négresses”, car “cela dégoûterait les noirs du service”. Tout comme il est interdit aux Noirs d’épouser des Blanches. Conséquence : les deux communautés sont désormais séparées de droit et les Noirs deviendront peu à peu une marchandise ! Jacques Fontaine arrive au terme de son service auprès de la Compagnie, ramené de huit à six ans. Il obtient une concession et choisit celle de l’habitation de Saint-Paul, - le vieux Saint-Paul qu’il connaît déjà. Il s’y installe et bâtit sa maison, cultive sa terre généreuse. L’habitation Fontaine est bien tenue. Il troque auprès des navires de passage ce qu’il ne produit pas. Les Noirs sont une quarantaine et les Blancs une soixantaine. La tension est grande quand on apprend la révolte des Malgaches à Fort-Dauphin, ce qui incite ceux de Bourbon à vouloir les imiter. Des conspirateurs attrapés sont pendus. La famille Fontaine s’agrandit : en moins d’une douzaine d’années, Marie-Anne aura donné naissance à cinq autres garçons (Henry, qui a pour parrain le gouverneur lui-même, Jean, Hervé, Gilles et Pierre) avant trois filles (Marie-Anne, Jeanne et Marie-Magdeleine, qui décédera à l’âge d’un mois). Avant de mourir, d’Orgeret nomme Germain de Fleurimond pour lui succéder. Mais la misère s’est installée et la situation de l’île devient catastrophique et sans espoir. Au point où, en novembre 1678, dix-neuf colons et le gouverneur confient au “Rossignol” qui arrive de Surate, siège de la Compagnie, et fait voile vers la France, une supplique à Colbert. Ils réclament des objets de première nécessité et se plaindre des commandants sans scrupules. Leur demande restera lettre morte. Début 1680, le cadavre de Fleurimond est retrouvé entre le Bernica et la ravine Saint-Gilles où il est allé chasser. Les anciens choisissent le révérend-père Bernardin comme gouverneur. À la mort de Colbert en 1683, son fils, le marquis de Seignelay, ne se préoccupera pas davantage de l’île. Dépité, le père Bernardin nomme Jean-Baptiste Drouillard et s’en va réclamer de l’aide en France. Il rencontre le marquis, qui lui donne quelques assurances. Il rentre avec le nouveau gouverneur, le seigneur de Vauboulon. Malheureusement, il meurt avant de revoir Bourbon, où Drouillard se comporte pire que La Hure. Avec un certain François Mussard, Jacques Fontaine fomente une cabale. Drouillard tente de fuir en France sur l’“Oriflamme” qui rentre de Surate et mouille en rade de Saint-Paul, mais le capitaine refuse de le prendre à son bord, malgré le danger qui le menace, et lui propose de laisser sur place l’abbé Camenhen qui pourra servir de médiateur auprès des conspirateurs. Mais ce “bon prêtre à jeun, mauvaise tête à la fin des repas, main leste, coude léger, langue affilée, aimant par-dessus tout qu’on s’occupât beaucoup de lui”... attise la cabale.
Mars 1687. Comme l’écrit Jean-Claude Félix Fontaine, un malheur n’arrive jamais seul : ne voilà-t-il pas qu’un navire portugais s’échoue à Saint-Denis. Sa centaine de marins trouvent refuge chez les colons, qui les ont aidés à sauver leur cargaison. Sur le point de partir, Drouillard délègue à l’abbé ses pouvoirs pour gérer la population et les naufragés. Divers incidents se multiplient et l’agitation gagne ces derniers. Ce qui ne manque pas d’inquiéter : dans le passé, l’île n’a-t-elle pas appartenu à leur pays ? Et puis, au cours d’une rixe où l’un d’eux s’en prend physiquement à Drouillard, ce dernier l’abat d’une balle de pistolet. L’abbé excommunie le gouverneur, qui devient “une personne à qui on ne peut plus parler pour aucune chose”. Les cabaleurs veulent le jeter en prison. Jacques Fontaine décide de s’en charger, avec son aîné Antoine (qui n’a que 16 ans). Ils se rendent à Saint-Denis, où, averti, Drouillard les attend, avec ses gardes. Le père et le fils se retrouvent au cachot. Mais Saint-Paul reste aux mains de l’abbé et de ses compères. Le gouverneur envoie un corps expéditionnaire investir la ville. Les rebelles sont maîtrisés sans résistance et embarqués pour Saint-Denis. Tous seront relâchés, sauf Camenhen. Quand il recouvre la liberté, plus souvent qu’à son tour “saoul comme une bête”, il monte en chaire pour prononcer des sermons remplis de menaces. “Fin politicien à jeun”, écrit Jean-Claude Félix Fontaine (citant l’ouvrage de Jean Barassin, “Bourbon des origines jusqu’en 1714”), il tente d’insuffler un nouvel élan à la cabale et crée la congrégation du Mont-Carmel. Objectifs : “Établir un contre-pouvoir à celui du gouverneur et donner aux cabaleurs une marque de respectabilité sous la bannière de sainte Thérèse d’Avila, réformatrice du Carmel.” Drouillard ne réagit que mollement. La situation devient insupportable pour lui. Il lui faut fuir. Mais quel capitaine de bateau français accepterait de l’embarquer sans qu’il se trouve un remplaçant ? Début 1689, un vaisseau portugais vient chercher les naufragés qui attendent depuis deux ans leur rapatriement et sont devenus encombrants. Le gouverneur réussit à convaincre le capitaine de l’emmener aussi. Il arrive en France en avril 1690, pour se voir conduire à la prison de Brest pour avoir “ruiné les magasins de Bourbon”. Avant d’être innocenté par des colons qui rentrent et de reprendre du service en mer. Il mourra en février 1693 lors d’un voyage vers les Indes. Entre-temps, Drouillard parti, les rebelles finissent par s’inquiéter de ce qu’il aura pu raconter à la Compagnie. Camenhen réagit et prépare des arguments propres à l’enfoncer. Après un cyclone destructeur, la vie reprend comme autrefois. on attend l’arrivée du nouveau gouverneur, le fameux chevalier Henry Habert, seigneur de Vauboulon, qui débarque à Saint-Paul le 5 décembre 1689. Il est au courant de la cabale. Mais dans un esprit de conciliation, il exhorte “tous à oublier les haines et inimitiés qui durent depuis si longtemps...” Il rétablit et renforce l’autorité de Camenhen... Onze ans après leur lettre à Colbert, Louis XIV répond aux colons et ne leur annonce que de bonnes nouvelles, qui les enthousiasment. Sauf que le roi attribue au nouveau gouverneur les pouvoirs d’un monarque absolu. En 1698, la population bourbonnaise comprend 448 habitants (dont 20 jeunes esclaves arrivés récemment). Le 10 janvier 1690, Vauboulon nomme Jacques Fontaine capitaine du quartier de Saint-Paul et le confirme dans son habitation entre la ravine du Précipice et la plaine des Porcs, un trapèze de quelque 250 hectares. Généreux avec Fontaine, Vauboulon s’attire par contre la colère d’autres colons : il les rançonne et jette en prison ceux qui lui résistent. Il fait régner la terreur. L’émeute menace. Des habitants l’enlèvent pendant la messe et le livrent à la vindicte populaire. Le père Hyacinthe le sauve d’une mort certaine, pour le conduire au cachot. Tout en craignant la réaction de Fontaine. De fait, ce dernier prendra part à un complot pour faire évader le gouverneur, complot qui sera éventé et échouera. Vauboulon mourra le 18 août. De désespoir ou empoisonné... Peu à peu, la situation s’apaise. Le gouverneur accorde d’innombrables concessions. C’est dans ce contexte que Jacques Fontaine fils (25 ans) prend épouse. Sa soeur Marie-Anne (16 ans) épouse quant à elle un vieil ami de son père de quarante-et-un ans son aîné, Jacques Lauret, veuf encore vert. Tandis que sa cadette Jeanne épousera un Créole de Martinique. L’île reste le lieu de ravitaillement des navires pirates, pour le plus grand profit de ses habitants, qui échangent des vivres contre des esclaves, trafic que le nouveau et jeune gouverneur, Jean-Baptiste de Villers, avec Antoine Boucher, commis de la Compagnie, s’attachera à faire cesser. Quant à notre Jacques Fontaine, malade, il sent sa fin proche. Il reçoit l’extrême onction et s’éteint en décembre 1703, entouré de tous les siens, mais sans avoir revu la France. Tout Saint-Paul l’accompagne à sa dernière demeure. Sauf son fils Gilles, parti vivre l’aventure des pirates sur la mer depuis près de trois ans...
Né vers 1640 à Paris,
Jacques Fontaine épouse vers 1671 Marie-Anne Sanne, née à Madagascar vers 1649.
Il décède à Saint-Paul le 8 ( ?) décembre 1703 ; elle, également à Saint-Paul,
le 19 mai 1709. Ils ont eu 10 enfants :
•Antoine Fontaine (1672-1725) a eu 5
enfants avec Marie Clain (1691-1766) ;
•Jacques Fontaine (1673-1735) a eu 12
enfants avec Hélène Prou (1674-1759) ;
•Henry Fontaine (1675-1713) ;
•Jean
Fontaine (1676-1723) a eu 7 enfants avec Antoinette Nativel (1676-1739) ;
•Hervé Fontaine (1677-1729) a eu 15 enfants avec Thérèse Damour (1680-1770) ;
•Gilles Fontaine (1679-1729) a eu 9 enfants avec Françoise Lauret (1697-1729) ;
•Pierre Fontaine (1681-1707) a eu 1 enfant avec Ignace Vidot (1692-1766) ;
•Marie-Anne Fontaine (1683-1729) a donné 3 enfants à Jacques Lauret dit
Saint-Honoré (1642-1720) ; veuve, s’est remariée avec Pitre Pol ou Pierre Paul
(vers 1684- ?), qui ne lui a pas fait d’enfant ;
•Jeanne Fontaine (1685-1729) a
eu 7 enfants avec Eustache Leroy (1670-1770), plus 2 enfants naturels ;
•Marie-Magdeleine Fontaine, née en octobre1686, est décédée le mois suivant.
Fin mars/début avril 1701. Aussi aventurier que son père, qui s’est déjà retiré de la vie publique, Gilles Fontaine, le sixième fils de Jacques Fontaine et de Marie-Anne Sanne, quitte Bourbon sur un sloop commandé par le capitaine anglais Bowen. Il a 22 ans et part vivre l’aventure des pirates de l’océan Indien, sur la fameuse route des Indes qu’on commence à considérer comme “la nouvelle voie de la fortune, tant le commerce y est florissant...” Sans doute a-t-il entendu les récits de ceux qui venaient mouiller à Bourbon pour se ravitailler, au point d’en rêver ? Léger retour en arrière : Bowen, fils de bonne famille né aux Bermudes, ainsi que son compère le capitaine White, fils d’une tenancière de taverne de Plymouth, écument l’océan Indien, tout simplement parce qu’ils ont été capturés par un pirate français, quelques années auparavant. Ils auraient pu finir comme bien d’autres prisonniers si le bateau pirate n’avait échoué au sud de Madagascar, à cause de son équipage en proie aux brumes de l’alcool... Hôtes du roi, au bout d’un an et demi, ils embarquent sur un brigantin pirate commandé par William Read. Après maintes aventures, ils se retrouvent dans la baie de Majunga, escale importante sur la route des Indes, où ils participent sous les ordres du capitaine Booth à la capture d’un vaisseau de guerre de la Marine royale française tombé entre les mains des Anglais, avant de mettre le cap sur les Indes. À l’escale de Zanzibar, Booth est assassiné. Voilà Bowen promu capitaine (et White simple matelot). Sur la côte de Malabar, ils vendent leurs prises effectuées en cours de route. En redescendant vers Madagascar, un ouragan fracasse leur navire sur des récifs, près de l’embouchure de la Grande-Rivière-Sud-Est de l’île Maurice. Bowen, North, Howard et White en réchappent. Le premier sera même reçu par le gouverneur hollandais, qui regrettera leur départ quelques mois plus tard sur un sloop acheté sur place et sur lequel ils font voile vers Bourbon. Lorsque le bateau repart en avril 1701 pour Matitane, le pays de sa mère dans la Grande-Île, Gilles Fontaine est à bord. “Il rejoint ainsi la quête de son père”, comme l’écrit Jean-Claude Félix Fontaine. Un coup de canon et le pavillon noir annoncent leur arrivée au roi, lequel les autorise à installer leur campement de tentes, qu’ils remplacent bientôt par des cases. Ils prennent des femmes à leur service et s’attirent leurs faveurs contre leurs pacotilles, échangent leur or contre des denrées. Bref, ils mènent ainsi une vie de plaisirs, qui finit par épuiser leur magot. Bientôt, l’ennui les gagne. Ils décident alors de renouer avec leurs activités, quand débarquent deux navires en provenance de Bourbon. Ils s’en emparent par la ruse. Apprenant qu’une galère a été laissée à Saint-Paul, ils décident d’aller la capturer. Mais elle n’y est plus. Gilles Fontaine fait-il partie de l’expédition ? Son descendant Jean-Claude imagine qu’il en a profité pour revoir sa mère et son vieux père malade, et qu’il a appris le mariage de ses sœurs et frères ainsi que la naissance de ses neveux.
Après s’être ravitaillés, les pirates repartent pour Maurice, à la recherche de la galère envolée. Elle est bel et bien cachée dans l’île, mais reste insaisissable car trop entourée. Bowen réalise qu’il lui faut trouver un partenaire, ce qui lui permettrait de s’attaquer à de grosses proies. Il pense le dénicher à Madagascar. Mais c’est à Mayotte qu’il retrouvera Thomas Howard, secondé par Thomas White, qui acceptent tous deux de s’associer avec lui et Nathanel North. L’année 1702 s’achève. Début mars 1703, arrive un bateau anglais, qu’ils pillent allégrement, tout en gardant le pilote. Après diverses mésaventures dans les îles comoriennes, les pirates associés débarquent sur l’île Saint-Jean, près de Surate. Dépenaillés et affamés. Ils reprennent la mer quand ils croisent quatre bateaux maures venant de Moka, qu’ils pourchassent. Sans combattre, Bowen s’empare du plus imposant, un bâtiment de 500 tonneaux. Howard en fait autant avec un deuxième navire, une fort belle pièce qu’ils transforment pour servir à leurs deux équipages, avant de brûler les deux vieux navires et de repartir à la recherche de nouvelles proies au large de la côte Malabar, où leurs prises s’avèrent fructueuses. Début janvier 1704, nos pirates gagnent Port-Louis, pour se reposer. Trois mois après, ils mouillent à Saint-Paul pour trois jours. Gilles a probablement débarqué afin de rendre visite à sa famille, qu’il n’a pas vue depuis fort longtemps, imagine Jean-Claude Félix Fontaine. Mais son père a quitté ce monde en décembre. Le bateau repart alors sans Bowen et une grande partie de ses hommes. Le pirate anglais mourra onze mois après de dysenterie, laissant un important héritage qui, faute d’héritiers, revient à la Compagnie. Les flibustiers élisent North pour le remplacer, secondé par White. Ils se dirigent vers Fort-Dauphin. Tandis que White et quelques hommes, dont Gilles Fontaine, rejoignent la terre à bord d’une chaloupe, le vent éloigne leur bateau. Ils descendent alors vers Saint-Augustin, dans le sud-est. De son côté, North remonte avec son équipage vers Fénérive à l’est, pour s’installer parmi les indigènes et y vivre “comme des princes”. Accusés d’espionnage, White et sa troupe doivent fuir. Ils remontent la côte ouest et attendent toujours North et leur navire à Methelage. Ils attendront longtemps, en vain. Ce n’est qu’en avril 1705 que White et Gilles Fontaine repartent, en direction de Sainte-Marie. Mais ils doivent renoncer à cause des vents et des courants. Le mois suivant enfin, leur chaloupe parvient à bon port. Plus tard, ils prolongent leur route jusqu’à Fénérive, où ils retrouvent les hommes de North, qui ont gardé leur part de magot. Les retrouvailles sont fêtées dans la joie. White décide de repartir avec le navire. Ceux qui refusent de le suivre n’acceptent pas qu’il garde le bateau et proposent de le vendre. White le rachète et repart pour Methelage. Là, il rencontre des matelots français désireux de se rendre à Pondichéry, dans l’espoir d’y trouver un navire qui les ramènerait chez eux. Les deux équipages s’associent. Le Défi fait un rapide va-et-vient à Bourbon, puis attend à Mayotte la meilleure saison pour entrer en mer Rouge, où les pirates dépouilleront les petits bateaux partis de Moka, sans s’attaquer aux plus costauds. Ils aborderont finalement un lourd vaisseau de mille tonneaux, mais essuieront d’importants dégâts, qui les obligent à s’installer sur leur proie. En mer d’Oman, ils réussissent d’autres prises, faisant même preuve d’une certaine humanité envers certaines de leurs victimes. De l’argent plein les poches, ils se reposent aux abords des côtes éthiopiennes, avant de profiter des vents favorables pour redescendre vers la Grande-Île, fin novembre 1706.
Le 18 décembre, ils touchent “aux Mascareignes”. Le rêve d’aventure a cédé la place au goût de l’argent. Certains préfèrent rester avec leur butin. Parmi eux, Gilles Fontaine. Il faut dire qu’il a amassé un gros magot. Comme l’écrit Jean-Claude Félix Fontaine, “on ne change pas le cours de sa vie sans un moment d’hésitation.” Oui, comme il l’imagine, son aïeul “a probablement fait un bilan de sa situation avant de prendre la difficile décision de quitter le capitaine White et la vie aventureuse de pirate, mais les choses doivent cesser un jour. Cinq ans d’une vie rude sur la mer avaient forgé un autre homme...” Gilles possède de quoi mener une existence confortable. Il s’installe à Saint-Paul. La famille Fontaine a connu bien des changements : le père, Jacques, est mort. L’aîné, Antoine, encore célibataire, s’occupe des “plantages” du père ; le second, Jacques, cultive les terres de la mère ; Jean habite à côté ; Hervé s’est installé à l’écart et élève des bestiaux au Parc-à-Jacques (aujourd’hui Savanna) ; Pierre vient de se marier avec une gamine ; Jeanne et Marie-Magdeleine se sont également mariées très jeunes... Hervé a pris la place de son père dans la communauté saint-pauloise. Sa mère, Marie-Anne Sanne, a hérité de la moitié des terres du grand Jacques, l’autre moitié revenant aux enfants. Elle a conservé “la vieille habitation de Saint-Paul”. Au recensement de 1704, on comptait 439 habitants, ce qui faisait de Saint-Paul le quartier le plus peuplé de l’île. C’est une petite ville, qui s’urbanise et compte 27 logements. Gilles Fontaine a 26 ans. Avec son magot, il représente ce qu’on appelle “un bon parti”. Le 8 février 1707, à la petite chapelle de la Conception, il épouse Françoise Lauret, de dix ans sa cadette, fille de l’Indienne Félicie Vincente, originaire de l’enclave portugaise de Daman, sur la côte est du continent, et du vieux voisin Jacques Lauret, veuf remarié à sa petite sœur Marie-Anne Fontaine. Gilles bâtit sa case entre celle de sa mère et celle de son beau-père. Le premier enfant du jeune couple de mulâtres reçoit comme prénom celui de son grand-père, Jacques Fontaine, et pour marraine et parrain ses grands-parents Marie-Anne Sanne et Jacques Lauret. Comment s’habillait-on à l’époque ? Jean-Claude Félix Fontaine imagine Gilles en chemise et pantalon “à la façon des braies italiennes”. Il poursuit : “Une feuille de bananier entoure sa tête pour le protéger du soleil. Comme les autres femmes, Françoise revêt une chemise qui couvre son buste et une jupe qui, partant de la taille, s’arrondit sur les chevilles. Une étoffe nouée sur la nuque enserre les cheveux et la garantit des ardeurs du soleil. Le dimanche et les jours de fête, les hommes s’habillent d’une chemise, une veste et un justaucorps, ainsi que la culotte de taffetas ou d’étoffe légère, portant un mouchoir sur leur tête, noué derrière négligemment, et un chapeau, mais sans bas ni souliers, la chaleur du pays ainsi que quantité de sable ne leur permettant pas d’en porter.” Cette première décennie du XVIIe siècle s’achève. Toute la famille Fontaine vit à Saint-Paul dans “une fraternelle communauté”. Pierre est décédé, laissant une veuve enceinte. Les productions de chacun des frères sont florissantes. Ils s’entraident. La société bourbonnaise comprend alors cinq classes : les anciens, qui exigent d’être consultés avant toute décision ; les Créoles blancs, qui considèrent les mulâtres comme des nègres ; les Créoles mulâtres qui veulent, quant à eux, être considérés comme les blancs, étant fils de Français comme eux ; les étrangers, Anglais et Hollandais, “hautains et remuants”, qui s’indignent d’être tenus à l’écart ; et les Noirs esclaves, qu’ils soient créoles nés à Bourbon de parents esclaves, Indiens pourtant nés de parents libres, ou Malgaches idem. Quant aux descendants de feu Jacques Fontaine, ils sont dépeints par Antoine Boucher comme “paresseux, vauriens, ivrognes, joueurs, jureurs, adonnés à la gueuse et grands putassiers.” Il vise surtout l’aîné Antoine. Leur descendant Jean-Claude Félix Fontaine ne s’en étonne pas :“Quand on imagine ce qu’ils ont pu construire en vivant auprès d’une personnalité comme Jacques l’insoumis, le révolté : tel père tels fils !” Ainsi, dans le premier volume de Deux siècles et demi de l’histoire d’une famille réunionnaise, Antoine est accusé d’avoir fait un enfant à la fille issue du premier mariage de l’épouse de son frère Jacques. Lequel Jacques laisse sa femme et ses enfants exposés aux intempéries dans une cahute découverte et sans nourriture. Paresseux et querelleur, Hervé est “un franc vaurien”. La fourberie de Jean “frise le talent”, il néglige son épouse qui se venge, mais n’est-ce pas “les maris eux-mêmes (qui) s’attirent la disgrâce qu’ils craignent le plus” ? Gilles, lui, est “insensible à tout”, lui qui a passé cinq années sur un vaisseau forban. Leurs sœurs ne sont pas mieux considérées. Ainsi, Marie-Anne, épouse du vieux Jacques Lauret “assommé par l’alcool”, qui tolère qu’elle soit “femme de tous les hommes qui se présentent, même des noirs” et qui “débauche d’autres femmes ou filles”. Jeanne se serait, elle aussi, fait faire un enfant par son frère Antoine. Mais les Fontaine, “indépendants d’esprit, arrogants”, sont indifférents aux attaques et critiques. Ils sont tout de même reconnus comme d’excellents charpentiers et menuisiers. Reste que c’est Jean qui a le mieux réussi de tous les fils de Jacques Fontaine. Gilles, lui, apprécie dit-on la compagnie de “ceux qui lui veulent donner à dîner et à boire” et aiment entendre les histoires de ce bavard. On dit toujours de lui qu’il est un bon mari, un homme respecté. Mais le malheur le frappe, lorsque sa mère meurt d’une attaque cérébrale. L’épouse soumise rejoint l’aventurier Jacques Fontaine. Comme plus rien ne retient leur descendance, celle-ci se disperse. La vie continue et Bourbon reçoit son nouveau gouverneur, qui vient de Pondichéry, puis peu de temps après son successeur, en provenance de la même ville... Mais voilà que survient un événement, que Jean-Claude Félix Fontaine qualifie sans exagérer de “miraculeux” : Louis Boyvin d’Hardancourt, secrétaire général de la Compagnie des Indes chargé d’une mission d’évaluation de la valeur commerciale des divers comptoirs, fait escale à Saint-Denis courant 1711. En parcourant l’île, aux fins de recueillir des informations exactes concernant les profits que la Compagnie pourrait tirer de ses possessions, il découvre par hasard des caféiers indigènes...
• Descendance de Gilles Fontaine Né le 16 février 1679 à
Saint-Paul, Gilles Fontaine, de retour de ses aventures avec les pirates de
l’océan Indien, épouse, le 8 février 1707, Françoise Lauret, fille de Jacques
Lauret dit “Saint Honoré” et d’une Indienne de Daman. Sa cadette de douze ans,
Françoise est née également à Saint-Paul, le 2 septembre 1691. Elle est décédée
le même mois que lui en 1729. Ils ont eu 9 enfants, qu’ils n’auront tous deux
pas vu se marier :
• Jacques Fontaine (1708-1751) a eu 7 enfants avec
Marie-Anne Payet (1715-1802) ;
• Marguerite Fontaine (1710-1730) a donné 7
enfants à Pierre Dijoux dit “Paquet” (1706-1774) ;
• Gilles Fontaine
(1712-avant 1774) a eu 14 enfants avec Dauphine Payet (1720-1797) ;
• Françoise
Fontaine (1715-1800) a donné 9 enfants à Edme Goureau (1707-1763) ;
• Marie
Fontaine, née le 10 mars 1718, est décédée onze jours après ;
• René Fontaine
(1719-avant 1755) a eu 2 enfants avec Catherine Payet (1724-1774) ;
• Mathieu
Fontaine (1721-1806) a eu 15 enfants avec Louise Payet (1726-1800) ;
• Laurent
Fontaine (1724-1799) a eu 5 enfants avec Marguerite Payet (1725-1795) ;
•
Louise Fontaine (1727-1762) a donné 9 enfants à Étienne Hoarau (1713-1788).
• Les frères et sœurs de Gilles Fontaine • Nés avant lui
(1679-1729) :
Antoine Fontaine (1672-1725) ;
Jacques Fontaine (1673-1735) ;
Henry Fontaine (1675-1713) ;
Jean Fontaine (1676-1723) ;
Hervé Fontaine
(1677-1729).
• Nés après lui :
Pierre Fontaine (1681-1707) ;
Marie-Anne
Fontaine (1683-1729) ;
Jeanne Fontaine (1685-1729) ;
Marie-Magdeleine Fontaine
(octobre 1686-novembre 1686).