L'évêque de la Providence
Georges Marie Joseph Bonnin de la Bonninière de Beaumont

Georges Marie Joseph Bonnin de la Bonninière de Beaumont fut l'évêque le plus aimé de la Réunion. Proche du peuple il consacre la majorité de son temps à la rencontre des gens, "de petites gens au grandes familles ".


L'arrivée de Mgr de Beaumont, en mars 1918, soulève un véritable enthousiasme. Le clergé, les hauts fonctionnaires, la foule se pressent en la cathédrale et tout autour. Des mains se tendent. Poignées chaleureuses. Mots aimables. D'emblée la Réunion est conquise. C'est un véritable coup de foudre. Mgr de Beaumont est alors le plus jeune évêque de France. Né en 1872 au château d'Idron, il a pour père le comte André de Beaumont et pour mère la petite-nièce de Mgr de Belzunce, le célèbre évêque de Marseille. On constate donc que le futur évêque de la Réunion est de bonne souche. Dès l'enfance, Georges Marie de Beaumont manifeste un réel attrait pour la vie ecclésiastique. Il va même jusqu'à dire : " Je veux que mes parents me fassent apprendre beaucoup de langues parce qu'il me les faudra pour être missionnaire et convertir les Noirs". Il ne se met vraiment à travailler qu'au séminaire français de Rome : il y devient docteur en philosophie et en théologie. Puis il entre au noviciat des Pères du Saint-Esprit. Où il est admis à la profession religieuse en 1899. Entre autres occupations, il sera confesseur de plusieurs personnalités dont Eugénie, femme de Napoléon III. La guerre de 1914 éclate et quoique réformé , il demande à s'engager comme aumônier volontaire.
Aumônier de la 65e division de réserve, le père de Beaumont participe aux grands engagements de Verdun. Il en sort indemne avec cette citation : " Georges de la Bonninière de Beaumont, aumônier militaire, du 18 au 30 juin 1916, s'est dépensé sans compter sous le feu violent, de jour et de nuit, auprès des blessés et des mourants ". La croix de guerre lui est alors décernée. C'est donc dans les tranchées que la Providence va chercher son homme pour en faire l'évêque de la Réunion. Mgr Fabre a gouverné le diocèse de Saint-Denis pendant 20 ans. Il est rentré à Pessac, et a demandé à Rome de lui donner un successeur. Sur présentation du Supérieur général de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, le père de Beaumont est appelé à cette charge apostolique. Voilà l'homme, le prêtre, l'évêque qui débarque à la Réunion. Auparavant, des mains de Mgr Gieure, évêque de Bayonne, il avait reçu la consécration épiscopale Saint-Martin de Pau. Il arrive alors à la Réunion, dans un diocèse administré par M. Champavier, vicaire général de Mgr Fabre... toujours évêque de Saint-Denis tout en étant à 10 000 kilomètres de là. Ce qui nous amène à une situation très difficile à gérer. M. Champavier n'est pas tendre. Rigide en affaire, pas mal de curés le " détestent franchement " en ce qui concerne ses méthodes d'administration. Mais Mgr de Beaumont est la bonté et diplomatie même. Le 26 décembre 1919, Mgr Fabre meurt à Pessac. Mgr de Beaumont lui succède pleinement comme évêque de la ville de Saint-Denis. Sa grande bonté va mettre "de l'huile dans les rouages " de l'administration diocésaine.

SES TOURNÉES ÉPISCOPALES

Mgr de Beaumont entreprend alors des tournées épiscopales. Il visite toutes les paroisses du diocèse. On pavoise les maisons, on dresse des arcs de triomphe. Les enfants jettent des fleurs sur son passage. Les mamans présentent leurs petits enfants à bénir. Les vieilles lui demandent à baiser " la bague ". Il visite volontiers les maisons et ne néglige personne. Il est en relations avec les petites gens et les grandes familles. Il accueille également volontiers les prêtres à l'Evêché et, à sa façon se montre libéral. Dans son bureau, à portée de main, toujours une petite boîte de cigares créoles alors fabriqués à la Réunion. Un brin de conversation, de l'humour, un sourire, il n'en faut pas plus pour dégeler l'atmosphère... Dorer la pilule ! C'est ainsi que lorsqu'il officie, Mgr de Beaumont aime être entouré volontiers de tout le clergé résidant à Saint-Denis. Mgr Aubry nous raconte une petite anecdote extraite du Mémorial de la Réunion : " Un jour, ne voyant pas un de ses prêtres à la cérémonie, il le convoque par la suite : " Je ne vous ai pas vu. Attention à la prochaine fois ! Tenez, voici un cigare ! A part cela, quelles nouvelles ? " Affaire classée ". Encore un autre exemple de son côté libéral. A son arrivée, la lourde soutane noire est de rigueur. Il autorise la soutane blanche, plus légère et moins chaude. De même, les prêtres ont en général deux chapeaux : un chapeau ecclésiastique noir et un casque colonial blanc. Lorsqu'ils viennent à Saint-Denis voir l'évêque, ils se présentent avec le chapeau noir après avoir laissé le casque chez un ami. L'évêque pour mettre fin à ce protocole ridicule régularise le port du casque colonial. Cependant pour lui-même, il est d'une extrême rigueur et en ville son secrétaire doit par exemple marcher à exactement cinq pas derrière lui.

RECONNAISSANCE DU DIOCÈSE DE LA RÉUNION

Les communautés religieuses sont en relation avec l'évêque et l'école presbytérale de Cilaos qui est devenue " petit séminaire " en 1918. Ce qui fait tourner l'administration. Dès lors Mgr de Beaumont s'attache à être fidèle à la pensée du père Libermann, fondateur de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit : " Former un clergé tiré des gens du pays ainsi que des catéchistes et maîtres d'école ". Ainsi Mgr de Beaumont est le premier évêque " spiritain ". Le diocèse de la Réunion est détaché de l'archevêché de Bordeaux dont il est relevé et devient un " territoire de mission " directement rattaché aux missions de Rome.
A partir de 1928, le petit séminaire de Cilaos est confié lui aussi à des prêtres issus de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit. Malheureusement, Mgr de Beaumont mourra en 1934. Cependant ses premiers efforts déployés avec les entrées au séminaire, permettront à la Réunion d'avoir 15 prêtres entre 1939 et 1945.

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L'adieu de l'évêque aimé de tous
Quand le 24 juillet 1934 toute la Réunion apprend la mort de Mgr de Beaumont, c'est la grande stupeur. L'évêque a pris froid lors de la bénédiction de la grotte de Notre-Dame de Lourdes au fond de la rivière d'Abord, à Saint-Pierre. C'est le père Bouchon, curé de la paroisse, qui lui donne les derniers sacrements et l'assiste dans ses derniers moments. Auparavant, Mgr de Beaumont a eu le temps de dicter ses dernières volontés et d'ajouter : " Vous m'enterrerez dans ma cathédrale auprès de Mgr Maupoint. Avec mes armes, vous ferez graver sur ma pierre tombale mon nom, avec les dates de ma naissance et de ma mort. Vous pourrez ajouter un texte de l'Ecriture, avec une courte prière.... Ce sera intéressant, j'aurai l'avantage d'avoir deux enterrements : l'un à Saint-Pierre, l'autre à Saint-Denis... ". C'est ce qui se passe effectivement : deux enterrements. Il y a un service funèbre à Saint-Pierre. Ensuite trajet vers Saint-Denis. La population se masse sur le parcours. Toute l'île pleure son évêque et veut le saluer une dernière fois. A Saint-Denis, le corps est exposé dans le salon de l'Evêché. Le lendemain il est conduit à la cathédrale en un impressionnant cortège. A la sortie de l'église, les autorités et un détachement militaire rendent les derniers honneurs au prélat. Chacun lui rend un dernier hommage à sa manière. De son côté, le journal Le Peuple, publie des " Echos de Maurice " : " La mort de Mgr de Beaumont a provoqué à Maurice d'unanimes et profonds regrets parmi la communauté catholique tout entière où notre vénéré prélat s'était attiré de nombreuses sympathies grâce à sa souriante bonté et son affable courtoisie. Nous trouvons dans les journaux de l'île Sœur les échos de la douloureuse émotion qui étreignit les cœurs mauriciens à l'annonce du triste événement et les marques touchantes de respect et d'affection qui entourèrent aussitôt la mémoire du grand disparu. Le jour même où l'on célébrait ici les funérailles de Mgr de Beaumont, il y eut à la cathédrale Saint-Louis une messe de requiem à laquelle assistaient le gouverneur et son aide de camp, le consul de France et diverses personnalités. Mgr Leen, vicaire général, officiait, assisté d'un nombreux clergé. Les édifices mirent leur pavillon en berne. Et la séance de cinéma qui devait avoir lieu dans la soirée fut renvoyée. De nombreux articles de journaux furent consacrés à son souvenir. Il est réconfortant de constater une fois de plus combien dans les heurs de deuil comme dans les heurs de joie, le cœur mauricien sait battre à l'unisson du nôtre ". D'autres quotidiens de la Réunion, de l'Ile Maurice ou de la Grande Île lui firent le même genre de compliments. Cependant une seule chose préoccupe l'esprit de la population et du clergé : le successeur de Mgr de Beaumont. Mgr de Langavant est le nouvel évêque. Dès son arrivée, les soupçons se font sentir mais il sera un évêque très respectueux et accomplira beaucoup de choses en ayant toujours à l'esprit que l'héritage de Mgr de Beaumont est très lourd et riche mais pas insurmontable.

  



LA TâCHE DE MGR DE BEAUMONT DURANT SON " RÈGNE "

La charge d'un évêque est plus vaste que celle d'un diocèse. Avec le pape et les autres évêques, il est responsable de toute l'Eglise. Comme évêque, Mgr de Beaumont a travaillé avec deux papes : Benoît XV (1914-1922) et Pie XI (1922-1939). Il qualifie Benoît XV, qui a connu la guerre de 14-18, de la façon suivante : " Le saint et doux pape, qui a souffert tout ce qu'un père peut souffrir en voyant ses enfants s'entredéchirer et la chrétienté dévastée ". Il décrit Pie XI de cette manière : " Le pape à la foi intrépide, instaurant un milieu des difficultés que ne redouta pas sa foi énergique, la paix et le règne du Christ ". Mais il y a aussi les relations avec les autres évêques de la région. Sur invitation de Mgr de Saune, il se rend à Tananarive. Au séminaire d'Ambohipo, il confère les ordres mineurs à 20 séminaristes malgaches. Il renoue ainsi avec une vieille tradition. En effet, avant lui, Mgr Delannoy a visité la Grande Île. Et surtout c'est à la Réunion que sont partis les premiers missionnaires pour Madagascar..