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"La jeune créole inexpérimentée" devient une héroïne

Juliette Dodu : 15 juin 1848 - 28 octobre 1909

L'image a popularisé les traits de Juliette Dodu, l'héroïne de Pithiviers. Il n'est point de marmaille des écoles communales qui n'ait entendu l'histoire de cette jeune fille de 20 ans. Juliette Dodu, est la seule femme de France qui possédait les deux décorations du soldat.


Née à Saint-Denis le 15 juin 1848, Juliette Dodu part en France à l'âge de 16 ans, accompagnant sa mère devenue pour la seconde fois veuve et ses deux frères.
Dès son arrivée en France, Mme Dodu obtient grâce au soutien de l'impératrice, un poste de directrice du bureau télégraphique à Pithiviers.
La guerre et la débâcle de 1870 trouvent la famille Dodu dans cette ville. Les Prussiens investissent Pithiviers le 20 septembre 1870.
Selon le journal " L'Electricité " du 20 octobre 1878 : " Lorsque les Prussiens entrèrent à Pithiviers, leur premier acte fut de s'emparer du télégraphe, et de reléguer Mme Dodu et sa fille dans l'étage supérieur de la maison. Comme le fil de la station passait par sa chambre, Juliette Dodu eut l'idée d'établir une ligne de dérivation, de façon à pouvoir faire fonctionner l'appareil récepteur qu'elle avait été assez habile de conserver à sa disposition. Elle pouvait de la sorte intercepter les transmissions chaque fois que l'ennemi se servait du manipulateur ou qu'un message du dehors parvenait à la station ".

CONDAMNÉE À MORT

Les aménagements avaient été si habilement pris que les Prussiens ne se doutaient en aucune façon que la charmante télégraphiste dérobait leurs dépêches.
Donc pendant 17 nuits, " la jeune créole inexpérimentée " intercepte les dépêches ennemis et les communique aux autorités françaises. Elle sauve ainsi la vie des 40 000 soldats du général de Paladines. Malheureusement Mademoiselle Dodu n'avait pu éviter de mettre la servante de la famille dans la confidence, et loin d'imiter le noble comportement de ses deux maîtresses, cette fille contracte une intimité coupable avec les soldats prussiens. Un jour que Juliette Dodu et sa mère lui faisaient des reproches sur sa conduite, elle répondit de manière à éveiller les soupçons des officiers allemands qui assistaient à la conversation. Dénoncée par sa servante, Juliette Dodu est découverte ! Peu après Juliette Dodu et sa mère sont mises en état d'arrestation et l'on eut pas de peine à acquérir les preuves matérielles de culpabilité de la jeune fille. Traduite devant une Cour martiale elle fut condamnée à la peine de mort. " Je suis Française et ma mère aussi, j'ai agi pour mon pays. Messieurs, faites de moi ce que vous voudrez " : voici les paroles que Juliette Dodu dit fièrement aux envahisseurs, prise en flagrant délit.
Condamnée donc à mort comme espionne, elle est graciée par le prince Frédéric-Charles et libérée deux jours plus tard grâce à la signature de l'armistice. Saluée comme la nouvelle Jeanne D'arc, Juliette Dodu sera la première femme à recevoir la médaille militaire et la Légion d'honneur à titre militaire.

"LA NOUVELLE JEANNE D'ARC"

Dans le décret du 30 juillet 1878 signé du président Mac Mahon, il est stipulé que Juliette Dodu " a intercepté des dépêches au péril de sa vie en 1870, a été condamnée à mort par l'ennemi et sauvée par la cessation des hostilités ". Voici ce dont pourquoi officiellement Mademoiselle Dodu a été décorée à deux reprises militairement.
Abandonnant le service des Postes en 1880, elle devient inspectrice des écoles et des salles d'asile. Elle s'installe en Suisse et meurt à Clarens chez son beau-frère, le peintre Odilon Redon, le 28 octobre 1909. On lui fera des funérailles nationales.
Une plaque est posée sur sa maison natale à Saint-Denis le 11 novembre 1924. Une rue et un établissement scolaire pour jeunes filles portent son nom. Mais des voix discordantes se sont élevées, mettant en cause son héroïsme. Et les " calomniateurs " de parler d'escroquerie journalistique montée de toutes pièces par M. de Villemessant, grand reporter et ami de Juliette Dodu qui abuse de la confiance du président Mac Mahon et de Gambetta. On parle aussi d'intoxication délibérée pour atténuer la défaite militaire honteuse de 1870 en offrant à l'opinion publique, traumatisée par l'invasion de la France, l'exemple d'héroïsme qui fit tant défaut à l'armée française. Bien entendu on n'a pas manqué de prétendre qu'en réalité Juliette Dodu était un agent double, qu'en réalité elle avait trahi au profit des prussiens.

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"L'affaire Juliette Dodu"
Il y a une affaire Juliette Dodu. La controverse autour de sa personne et de son rôle patriotique a fait rage pendant plus d'un siècle. Maintenant, le mal semble fait. Le doute s'est installé . Il est à peu près certain que l'image de l'héroïne vertueuse et pure souhaitant bouter l'ennemi hors de la France menacée et qui est traîtreusement dénoncée et punie, la nouvelle Jeanne d'Arc, s'est considérablement estompée.
Deux héros émergent de la capitulation de 1870, et ils sont tous deux créoles de La Réunion : le commandant Lambert et Juliette Dodu. Lambert commandait une centaine de soldats (marsouins) à Bazeilles. Le 1er septembre 1870, assiégés par les Prussiens, retranchés dans la fameuse maison Bourgerie, ils vont se battre jusqu'à la dernière cartouche. C'est l'acte d'héroïsme le plus pathétique et le plus inutile de la guerre de 1870.
Et Juliette Dodu ? Première femme à recevoir et la Médaille militaire et la Légion d'honneur ! Elle " a intercepté des dépêches au péril de sa vie en 1870, a été condamnée à mort par l'ennemi et sauvée par la cessation des hostilités ".
Que reproche-t-on à Juliette Dodu ? Deux choses :
1) Elle n'aurait jamais été receveuse des postes à Pithiviers en 1870. Elle n'aurait rien intercepté au péril de sa vie et elle n'aurait sauvé personne. Par contre, sa mère y était en poste et il se pourrait qu'il y ait eu erreur sur la personne...
2) Elle aurait été une " catin, maîtresse du Prince Frédéric-Charles de Prusse. En d'autres temps, elle aurait été accusée de délit de collaboration avec l'Ennemi, fusillée ou tondue. Imposture, forfaiture : voilà les charges retenues. De violentes prises de position contre sa personne vont périodiquement ébranler l'opinion.
Il semblerait alors, en 1959 que même les plus farouches défenseurs de Juliette Dodu aient accepté de revoir la légende. Dans l'édition du 19 octobre 1959 du " Balai ", journal réunionnais, et sous la signature de R. Guichard, on peut lire cet aveu : " Qu 'elle ait été une catin, quelle importance cela peut-il avoir, du point de vue national ? Les services rendus en sont-ils pour autant diminués ? Les troupes qu'elle a sauvées l'ont-elles été moins à raison de conduite privée ? Certes non. Alors cela n'a aucune espèce d'importance. Et nous n'avons aucun droit de lui demander compte de sa vie privée. "

  


"Hommage à Juliette Dodu"
Voici un petit poème de Jules Sionville( extrait du journal des PTT de 1888), qui rend hommage à Juliette Dodu en symbolisant avec des " mains de Vierge ":

" En l'an maudit, dont rien n'effacera la trace,
Quand la grande cité sous l'ongle du vautour,
Saignait, l'humble courrier des pigeons chaque jour,
Vers la province en deuil, s'élançait par l'espace !

Dédaignant le danger en leur vaillance audace,
Par l'orage et le plomb poursuivis tour à tour,
Les timides oiseaux, doux emblème d'amour,
Sans arme et sans défense, au péril faisaient face...

Noble femme, comme eux, au farouche vainqueur
Dérobant ses secrets, sans un frisson au cœur
Au chemin du devoir vous jouez votre vie.

Auprès de Jeanne d'Arc vous pouviez prendre rang,
Vous avez en soldat su servir la Patrie,
Sans que vos mains de Vierge aient trempé dans le sang. "