"Faire quelque chose pour la culture de la Réunion"
Laissé à l'abandon, le site de la gorge du Bernica intéresse un promoteur privé, Bruno Päadi. Celui-ci aimerait acheter une partie du foncier situé près la route menant au Tour des Roches et y construire une table d'hôtes. Le projet un peu fou prévoit l'aménagement du sentier "menant à une nappe d'eau profondément encaissée" et l'embauche d'un guide connaissant l'histoire du site.
Un projet pour la gorge du Bernica

La gorge du Bernica avait connu une attention toute particulière il y a tout juste un an. Peu avant le tournage dans l'île de deux épisodes de la série les "Monos", le site avait subi un "lifting ". Après tout, il fallait bien le soigner pour présenter son meilleur profil avant le passage à la télé. Une équipe de jeunes en contrat aidés avait alors été dépêchée sur les lieux pour ratisser, débroussailler... Bref, pour faire bonne impression auprès des producteurs de la série. Plusieurs jours durant, le site fut alors sous les feux des projecteurs. Il était "clean", comme il ne l'avait jamais été auparavant.
Et puis, l'équipe de tournage s'en est allée sous d'autres cieux. Il fallait bien que ça arrive un jour. Depuis, le site a retrouvé son piètre aspect qu'on lui connaît. Les mauvaises herbes ont repris le dessus, le sentier menant au "bassin pigeon" est à peine reconnaissable... La gorge du Bernica est à nouveau laissée à l'abandon. Le salut viendra peut-être de Bruno Päadi. Originaire du Sud de la France, celui-ci est porteur d'un ambitieux projet. Il envisage en effet - avec bien sûr la précieuse collaboration des autorités compétentes - de réhabiliter l'endroit. "On ne peut pas laisser un site magique comme celui-ci, dans un tel état", déplore M. Päadi. "Pour la culture même de la Réunion, il faut faire quelque chose".
Un écomusée
Bruno Päadi connaît cet écart de Saint-Paul, qu'on peut apercevoir au loin, à gauche, lorsqu'on se trouve au pied des rampes de Plateau Caillou. Il sait que la gorge du Bernica abrite une faune et une flore exceptionnelle. "J'ai entendu parler des poules d'eau", dit-il. "Je crois savoir que des hérons et peut-être même des pétrels viennent nicher ici". Il n'est pas sans ignorer non plus que sous les gros manguiers, le poète Charle-Marie Leconte de Lisle venait y puiser ses inspirations. "Il ne faut pas oublier que ce célèbre enfant de la Réunion a succédé à Victor Hugot à l'Académie française", souligne M. Päadi. "Un des plus beaux hommages seraient d'aménager un peu la gorge du Bernica". Non loin de la route menant au Tour des Roches - mais tout de même assez loin de la "nappe d'eau profondément encaissée", évoquée par Leconte de Lisle - le promoteur envisage la création d'une structure d'accueil et de renseignements. "Une sorte d'écomusée, style créole qui aurait à la fois un rôle touristique et éducatif", précise le porteur du projet. Autour de celui-ci viendraient se greffer une boutique de souvenirs et une table d'hôtes. Tout a été étudié. Sachant que l'endroit est submergé par temps de forte pluie, Bruno Päadi pense avoir trouvé "un coin relativement épargné" par les inondations. Une parcelle qu'il veut acheter à tout prix. "De toute façon, il faudra surélever les constructions", dit-il.
"Tout en préservant un peu du charme sauvage d'antan", il envisage par ailleurs - avec les accords nécessaires - d' "écarter les espèces végétales sans intérêt" longeant le sentier abrupt, dont les abords seraient aménagés. Une fois son projet concrétisé, il prévoit la création de deux emplois au moins, dont un poste de guide à travers la gorge du Bernica... Un projet un peu fou, sur lequel les autorités locales auront forcément leur mot à dire. "Je me propose en fait d'entretenir régulièrement le site sur lequel veillent jalousement les collectivités", conclut le promoteur. Pour Bruno Päadi, rien n'est gagné. Loin de là...
G.L.