1959

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En 1957, Jules Bénard tombe fou amoureux de Madagascar en rendant visite à sa mère, directrice de l'ensemble scolaire de la Sakay. L'écrivain, journaliste, baroudeur y reste trois ans, comme professeur de français, en pleine brousse.


L'année 1958 Racontée par Jules Bénard


L'idée était généreuse : pourquoi ne pas envoyer nos plus pauvres familles à Madagascar ? L'expérience réussit au-delà de toute espérance. Mais c'était compter sans les aléas de la politique. Au début des années 50, dans les campagnes, c'est la misère noire. Situation sordide qui émeut des responsables politiques à l'âme généreuse, notamment le député-maire de Saint-Joseph, Raphaël Babet.
Ils imaginent un projet aussi simple que formidable : il y a, dans le moyen-ouest malgache, une région de hauts plateaux peu habitée. Cette latérite rougeâtre est considérée comme improductive.
Il suffirait d'amender correctement les sols. L'affaire s'enclenche très vite. Le conseil général, aidé par le Crédit Agricole, achète des milliers d'hectares dans le pays de la Sakay (du nom du fleuve baignant la région) et 200 familles de colons, tous volontaires, y sont envoyées en 1952. Ces immigrants doivent tout apprendre de l'élevage extensif et de la culture mécanisée. Ils réussissent si bien, qu'au bout de cinq ans, la Sakay est devenue la première entreprise réunionnaise et fournit Tananarive en porcs, volailles, lait, beurre, fromage, yaourt et crème fraîche. Les fermiers cultivent des dizaines d'hectares chacun, s'auto-suffisent en tout et ont de la trésorerie.
La Sakay possède la deuxième plus grande porcherie du monde ! Des écoles primaires et secondaires entretenues par la SPAS (société professionnelle et agricole de la Sakay), accueillent gratuitement les petits Créoles et Malgaches. Au dispensaire, soins gratuits pour tous. Le pays devient un eldorado attirant une foule d'immigrants, malgaches cette fois, venus chercher fortune dans ce coin où il y a du travail pour tous.
L'indépendance de 1960 ne change rien, la coexistence pacifique se poursuit.
Et puis il y aura les événements de 1972. Philibert Tsiranana est chassé du pouvoir, un régime militaire marxiste s'installe.
En 1978, les derniers colons sont priés de déménager au plus vite. Certains fermiers préfèreront se donner la mort. L'entreprise périclite. Le nouveau pouvoir met la ferme d'Etat aux mains des Libyens qui tentent de lancer l'élevage du mouton. Entreprise vouée à l'échec, cet animal étant interdit pour les Malgaches des hauts plateaux.Trois ans plus tard, les Libyens reprenaient leurs cliques et leurs claques, les Sakayens sabotant systématiquement leur moindre tentative.
Aujourd'hui, les bâtiments sont là, délabrés, inutiles. Les Malgaches habitent les maisons abandonnées par les colons. A leurs yeux, le tout appartient encore aux Créoles puisque ceux-ci n'ont jamais été indemnisés.